Bible et Commerce (1)

Comment un chrétien peut-il contribuer à une réflexion sur le commerce et la manière de le pratiquer aujourd’hui ? Nous proposons un texte intitulé « Bible et commerce ». Il s’agira d’un parcours dans lequel nous entendons poser quelques jalons et dégager quelques principes. Nous commencerons par justifier le sujet de notre étude (prendre conscience des risques qu’il y a à l’entreprendre et des risques qu’il y a à le négliger) ; nous nous attacherons ensuite à quelques textes bibliques qui éclairent la pratique du commerce dans le contexte d’un monde déchu ; nous verrons enfin quel impact la prédication de l’Evangile et sa mise en pratique peuvent avoir sur le commerce.

Une étude risquée

En donnant à l’étude le titre « Bible et commerce », nous avons conscience de prendre des risques. Les compétences qui semblent requises pour traiter pareil sujet ne sont-elles pas considérables ?

Les difficultés qui se dressent sur notre chemin ne devraient-elles pas nous inciter à nous tenir à distance ou à nous borner à quelques remarques très générales sur lesquelles tout le monde pourra s’accorder sans trop de peine ?

La Bible représente un ensemble très vaste dans lequel les indications sur le thème du commerce sont éparses et de nature diverse : récits d’achats et de ventes (qu’il s’agisse de l’acquisition par Abraham de la sépulture de son épouse, avec la discussion subtile qui conduira à l’établissement du prix1, de la vente sinistre de Joseph par ses frères à des commerçants ismaélites2 ou de l’évolution du problème de la vente de la nourriture au temps de la famine en Égypte3, pour se cantonner à des exemples tirés de la Genèse) ; description des échanges commerciaux internationaux et de leur démesure4 ; principes pour la vie quotidienne sur l’honnêteté dans le commerce5, avertissements sur le danger de donner la priorité dans la vie à l’accroissement des richesses6, etc.

Notre lecture de la Bible n’est jamais totalement déconnectée de nos propres préoccupations : la question de l’application des données bibliques est inévitable. Or le contexte biblique (ou plutôt les contextes bibliques : l’Écriture a elle-même été écrite sur une période très longue) est très différent de notre système mondialisé.

Par exemple : ce qui vaut de la relation entre deux individus (disons entre un individu qui va acheter directement auprès d’un producteur ce qu’il va consommer personnellement) peutil se transposer sans plus à la « relation » entre celui qui achète un article dans un supermarché et les très nombreuses personnes qui sont intervenues dans la production, la transformation, le transport, etc., de l’article en question ?

Les questions liées au commerce sont d’une complexité effrayante : elles font intervenir des notions d’économie, mais aussi de philosophie.

Pour n’en évoquer qu’une seule : qu’est-ce qui détermine la valeur d’une marchandise ? Est-ce le travail de celui qui l’a produite ? Est-ce le prix que quelqu’un est prêt à donner pour l’acquérir ? Est-ce que la marchandise a une valeur intrinsèque ? Ces questions ne sont pas négligeables : selon la réponse qu’on y apporte le sens du mot « équitable » va radicalement changer.

Si la valeur d’un objet dépend de ce que l’acheteur est prêt à donner pour l’acquérir, le fait que le prix soit trop bas pour permettre au producteur de vivre décemment de son travail ne fait pas automatiquement de ce prix un prix inéquitable.

Commerce et politique ne sont jamais très éloignés : parmi les grandes questions que pose le commerce aujourd’hui, celle du rôle de l’intervention de l’État est l’une des principales. Les options politiques des uns et des autres colorent la lecture de la Bible.

Pour toutes ces raisons, il est risqué de s’embarquer dans une étude sur « Bible et commerce ».

Notes:

1 Genèse 23
2 Genèse 37.25-28
3 Voir en particulier Genèse 47.13-26 ; sur le changement
de la valeur attribuée à la même marchandise du jour au lendemain
selon la situation de famine ou d’abondance, cf. 2 Rois 6.25 et 7.16-20.
4 Ézéchiel 27 ; Apocalypse 18
5 Voir par exemple Proverbes 11.1 sur la balance fausse et
le poids juste ou 20.14 sur la dévalorisation d’un produit par
son acheteur dans le but de faire baisser
son prix.
6 Voir, parmi de très nombreux exemples :
Hébreux 13.5 ; 1 Timothée 6.6-10…

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